Avec les premières nuits froides d'octobre, les poêles et les cheminées se rallument. Le feu de bois réchauffe et rassure, mais il produit aussi des particules fines, surtout quand l'appareil est ancien ou le bois humide. Pour les personnes qui vivent avec une maladie respiratoire, et pour leurs proches qui chauffent la maison, quelques repères aident à profiter de la chaleur en gardant un air plus sain.
Ce qui a été mesuré
Les observatoires de la qualité de l'air suivent de près le chauffage au bois, car il pèse lourd en hiver.
En Auvergne-Rhône-Alpes, l'observatoire régional Atmo indique sur sa page consacrée au chauffage au bois (consultée en octobre 2026) que le chauffage résidentiel au bois est le principal contributeur aux émissions de particules fines de la région. Les particules fines sont de très petites poussières présentes dans l'air.
Le type d'appareil change beaucoup les choses. Toujours selon Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, un appareil performant (classé 5 étoiles du label Flamme verte) émet environ 100 fois moins de particules qu'une cheminée à foyer ouvert. En Grand Est, l'observatoire Atmo rappelle en novembre 2023 qu'un appareil datant de 1996 ou plus ancien émet 5 fois plus de particules qu'un appareil performant.
À l'échelle du pays, Santé publique France a estimé en avril 2021 que, sur la période 2016-2019, près de 40 000 décès par an étaient attribuables à l'exposition des personnes de 30 ans et plus aux particules fines PM2,5 (les plus fines d'entre elles), toutes sources confondues. Cela représente une perte d'espérance de vie de près de 8 mois.
Pourquoi c'est important pour les poumons
Les particules fines irritent les voies respiratoires. Santé publique France explique qu'une exposition, même de courte durée, peut aggraver des maladies respiratoires chroniques comme l'asthme ou la bronchite, parfois dès le jour même ou les jours suivants.
Sur plusieurs années, l'exposition peut entraîner une réduction de la capacité respiratoire et une augmentation de la réactivité des bronches, c'est-à-dire des bronches qui réagissent plus vite et plus fort. Elle peut aussi favoriser la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), l'asthme et les infections respiratoires basses. Santé publique France souligne que les effets d'une exposition sur plusieurs années sont bien plus importants que ceux d'une exposition courte : ce qui compte, c'est l'air respiré jour après jour, pas seulement les pics.
La fumée de bois ne contient pas que des particules. Atmo Auvergne-Rhône-Alpes cite aussi d'autres polluants, comme le monoxyde de carbone et des composés chimiques dont certains sont reconnus cancérigènes. Atmo Grand Est précise que les personnes souffrant de maladies respiratoires, les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes font partie des populations sensibles.
Ce que cela change au quotidien
Les observatoires de la qualité de l'air insistent sur un point encourageant : les émissions dépendent beaucoup de la façon de se chauffer. Voici des pistes concrètes pour la personne qui s'occupe du feu à la maison.
- Brûler un bois sec et propre. Le bois humide donne moins de chaleur et émet davantage de polluants. Les feuillus denses (hêtre, charme, chêne, frêne) sont à privilégier. Ne jamais brûler de bois peint, verni ou souillé, ni de déchets.
- Rentrer les bûches à l'avance. Atmo Grand Est conseille de stocker le bois au sec et de placer les bûches près du foyer 24 à 48 heures avant de les brûler, pour finir de les sécher.
- Allumer le feu par le haut. Cette technique, appelée allumage inversé, consiste à mettre les bûches les plus grosses en bas, le petit bois et l'allume-feu au-dessus, puis à fermer la porte. D'après Atmo Grand Est, elle réduit les particules jusqu'à 6 fois par rapport à un allumage par le bas.
- Observer la fumée. Une fumée blanche et légère et une vitre peu encrassée signalent une bonne combustion. Une fumée épaisse indique un tirage trop faible : il faut alors ouvrir les entrées d'air et vérifier que le conduit est étanche et non encrassé.
- Entretenir l'installation. Le ramonage des cheminées est obligatoire, tout comme l'entretien annuel d'une chaudière par un professionnel. Remplacer une cheminée ouverte ou un vieux poêle par un appareil performant réduit fortement les émissions, et certains territoires proposent des aides appelées « Fonds Air Bois ».
Un mot sur le monoxyde de carbone, un gaz toxique. L'ARS Normandie rappelle, sur sa page mise à jour en juin 2026, qu'il est la première cause de mortalité par intoxication accidentelle dans l'habitat, avec une centaine de décès en France chaque année. Elle recommande de faire ramoner les conduits et vérifier leur étanchéité avant l'hiver, d'aérer chaque jour les pièces de vie au moins 10 minutes et de garder libres les grilles d'aération. Maux de tête, nausées, fatigue ou malaise doivent alerter : aère, sors de la maison et appelle le 15 ou le 112.
Quand en parler à son médecin
Certaines situations méritent une question à ton médecin, ton pneumologue ou ton pharmacien :
- tu tousses, siffles ou t'essouffles davantage les soirs où un feu brûle chez toi ou dans le voisinage ;
- tu as besoin plus souvent de ton traitement de secours depuis la reprise du chauffage ;
- tu vis avec une maladie respiratoire et tu envisages d'installer ou de remplacer un appareil de chauffage au bois ;
- un proche fragile (enfant asthmatique, personne âgée) dort dans une pièce chauffée au bois.
Ne modifie jamais ton traitement de toi-même : parles-en d'abord avec un soignant.
À retenir
- Le chauffage au bois est une source majeure de particules fines en hiver, surtout avec une cheminée ouverte ou un appareil ancien.
- Les particules fines peuvent aggraver l'asthme et les maladies respiratoires chroniques, à court comme à long terme.
- Bois sec, allumage par le haut, bonne combustion et entretien réduisent nettement les fumées.
- Ramonage, aération quotidienne et grilles dégagées protègent aussi du monoxyde de carbone.
- Une gêne respiratoire qui augmente avec la saison de chauffe mérite d'en parler à ton médecin.
Sources
- Chauffage au bois, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes (atmo-auvergnerhonealpes.fr)
- Passons l'hiver de bon poêle : les chiffres clés du chauffage au bois, Atmo Grand Est (atmo-grandest.eu)
- Chauffage au bois : 7 règles pour mieux se chauffer et moins polluer, Atmo Grand Est (atmo-grandest.eu)
- Pollution atmosphérique : quels sont les risques ?, Santé publique France (invs.santepubliquefrance.fr)
- Pollution de l'air ambiant : nouvelles estimations de son impact sur la santé des Français, Santé publique France (inpes.santepubliquefrance.fr)
- Monoxyde de carbone, ARS Normandie (normandie.ars.sante.fr)
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