Article de fond

Rhume d'automne : pourquoi il pèse sur l'asthme et la BPCO

Les rhinovirus du rhume circulent en ce moment. Pourquoi ils réveillent l'asthme et la BPCO, et les signes qui doivent faire appeler un médecin ou le 15.

6 min de lecture

La grippe n'est pas encore là, mais un autre virus circule bien en ce début d'automne : le rhinovirus, principal virus du rhume. Santé publique France le signale dans son bulletin publié le 21 octobre 2026. Pour une personne qui vit avec un asthme ou une BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), ce rhume peut réveiller la maladie. Voici pourquoi, et comment s'y préparer.

Ce qui a été publié

Chaque semaine, Santé publique France fait le point sur les infections respiratoires aiguës, c'est-à-dire les infections du nez, de la gorge, des bronches et des poumons. Le bulletin du 21 octobre 2026 porte sur la semaine du 12 au 18 octobre.

Il décrit une situation encore calme pour les grands virus de l'hiver :

  • la grippe : tous les indicateurs sont à leur niveau de base, avec seulement quelques virus grippaux détectés ;
  • le Covid-19 : la situation est globalement stable, avec un faible impact sur le système de santé, et le virus est en baisse dans les eaux usées ;
  • la bronchiolite : le recours aux soins augmente dans l'Hexagone, surtout en ville, mais ses indicateurs restent à leur niveau de base.

Le bulletin note surtout le maintien d'une circulation de rhinovirus et d'entérovirus. Il observe aussi une légère augmentation du recours aux soins pour infection respiratoire chez les moins de 15 ans et chez les 65 ans et plus, en ville et aux urgences.

Selon le bulletin, l'activité des infections respiratoires est aujourd'hui principalement portée par les rhinovirus et le virus du Covid-19, alors que la grippe reste à son niveau de base.

Pourquoi c'est important pour les poumons

Le rhinovirus est le virus respiratoire le plus répandu. Il en existe plus de 100 types différents. C'est ce que rappelle une revue scientifique publiée en 2013 dans la revue Scientifica, consacrée aux aggravations de l'asthme et de la BPCO provoquées par ce virus.

Ce virus ne s'arrête pas toujours au nez : il peut aussi atteindre les bronches. Selon cette revue, les cellules qui tapissent les bronches, une fois infectées, libèrent des signaux qui attirent des cellules de l'inflammation. Quand les bronches sont déjà enflammées, cette inflammation supplémentaire aggrave la maladie. Dans la BPCO, la revue fait état de signes nets de défenses antivirales affaiblies dans les bronches. Dans l'asthme, cette question reste discutée : certains travaux trouvent ces défenses diminuées, d'autres non.

Les chiffres de la littérature montrent l'ampleur du phénomène :

  • Pour l'asthme, une revue systématique publiée en 2011 dans la revue Allergy conclut que, parmi les agents infectieux, les rhinovirus sont les plus fréquents lors des crises d'asthme. Chez l'adulte, une étude citée dans cette revue associe le rhinovirus à 29 % à 36 % des aggravations, selon le type d'analyse.
  • Chez l'enfant asthmatique, la revue de 2013 rapporte qu'un virus est retrouvé chez 62 % à 81 % des enfants vus en consultation pour une crise, contre 12 % à 41 % des enfants en bonne santé.
  • Pour la BPCO, la même revue indique qu'environ la moitié des aggravations sont associées à une infection virale, le plus souvent due au rhinovirus.

La revue de 2013 décrit aussi un calendrier : chez l'enfant, les crises d'asthme culminent après la rentrée scolaire, en lien avec les rhinovirus de l'automne. Chez l'adulte, le risque augmente aussi après la rentrée et autour de Noël, et les aggravations de BPCO culminent autour de Noël. Ces données viennent surtout d'Amérique du Nord et des pays occidentaux.

La revue de 2013 juge les stratégies de traitement actuelles seulement partiellement efficaces face à ces aggravations. D'où l'intérêt de deux leviers simples : limiter la contamination et bien contrôler sa maladie au quotidien.

Ce que cela change au quotidien

Quelques repères pour traverser la saison des rhumes avec des bronches fragiles.

  • Prendre les gestes barrières au sérieux, même pour un rhume. Santé publique France rappelle trois gestes dans son bulletin : mettre un masque dès les premiers symptômes (fièvre, nez qui coule ou toux), se laver correctement et régulièrement les mains, aérer régulièrement les pièces. Si un petit-enfant ou un proche est enrhumé, le masque et les mains propres permettent de garder le lien en limitant le risque de contamination.
  • Garder son traitement de fond tel qu'il a été prescrit. Selon la brochure de la Fondation du Souffle sur l'asthme, une crise grave peut être déclenchée, entre autres, par une infection respiratoire ou par un traitement de fond mal suivi. Toute question sur ce traitement se discute avec ton médecin ou ton pharmacien.
  • Avoir son plan d'action à portée de main. La Fondation du Souffle évoque le plan d'action personnalisé : un document écrit, remis au patient, qui regroupe les mesures à suivre. Si tu n'en as pas, ou s'il date, c'est le bon moment pour en parler.
  • Penser aux vaccins de l'hiver. Le rhinovirus n'est pas le seul virus de la saison : la grippe et le Covid-19 arriveront aussi. Selon Santé publique France, la campagne de vaccination a débuté le 13 octobre 2026 dans l'Hexagone, en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane.

Quand en parler à son médecin

Quelques situations justifient un appel ou une consultation :

  • un rhume qui s'accompagne d'un essoufflement inhabituel, d'une toux qui augmente ou de réveils la nuit à cause du souffle ;
  • un besoin plus fréquent que d'habitude de ton traitement de crise ;
  • un plan d'action absent ou qui n'a pas été revu depuis longtemps.

Certains signes ne doivent pas attendre. La brochure de la Fondation du Souffle cite : une grande difficulté à respirer qui persiste malgré les bronchodilatateurs, des lèvres et des ongles qui bleuissent, une difficulté à parler ou à marcher, une confusion ou une perte de connaissance. Dans ce cas, il faut appeler le 15, ou le 112 depuis un portable, et ne pas se rendre à l'hôpital par ses propres moyens.

À retenir

  • Les rhinovirus, virus du rhume, circulent en ce moment en France, alors que la grippe n'a pas encore démarré (bulletin du 21 octobre 2026).
  • Chez les personnes asthmatiques ou atteintes de BPCO, les infections virales, rhinovirus en tête, sont une cause fréquente d'aggravation de la maladie.
  • Masque dès les premiers symptômes, lavage des mains et aération sont les gestes rappelés par Santé publique France.
  • Traitement de fond suivi comme prescrit et plan d'action à jour : deux points à vérifier avec ton médecin avant l'hiver.
  • Une grande difficulté à respirer, des lèvres bleues ou une confusion : appelle le 15 ou le 112.

Sources

  1. Bulletin national infections respiratoires aiguës du 21 octobre 2026, Santé publique France (santepubliquefrance.fr)
  2. Rhinovirus-Induced Exacerbations of Asthma and COPD, Scientifica (2013), PubMed Central (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)
  3. Viruses and bacteria in acute asthma exacerbations, a GA2LEN-DARE systematic review, Allergy (2011), PubMed Central (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)
  4. Asthme, mieux vivre avec (brochure 2020), Fondation du Souffle (lesouffle.org)

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